Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Accueil

Page d’accueil provisoire

 

 SO  PHI

Philosophie en Sciences de l’Education

 

Vous êtes sur le blog de Patrick G. Berthier

Maître de conférences à l’Université de Paris 8

 

Ce blog est principalement destiné aux étudiants qui suivent à Paris 8 mes cours de Licence et séminaires de Master 1 & 2. Ils y retrouveront l’essentiel de chaque séance en différé, avec la distorsion plus ou moins importante que ma retranscription imprimera à ce qui aura été dit en présentiel, et que l’ajout de notes non utilisées pourra éventuellement enrichir. Entre le cannevas discursif prévu et sa « performance » où l’improvisation joue souvent un rôle essentiel, largement guidé par les questions de l’assistance, se creuse un écart qu’il me paraît utile de maintenir et d’évaluer.

Le but est ici de fournir, en sus des notes prises, un texte susceptible de servir de base à une réflexion et une investigation sur le thème proposé. Ce sobre dispositif devrait permettre aux étudiants de dépasser la simple « participation » aux cours, pour entrer dans une véritable discussion au début du cours suivant, discussion préparée grâce au travail mené sur la mise en ligne de l’intervention, ou du moins de ses éléments.

 

L’utilité de ce blog sera testée durant ce second semestre 2006-2007 sur le séminaire de Master 1 consacré à la notion d’Expérience, essentiellement chez John Dewey.

Première séance : Mardi 27 Février 2007.

Rechercher

4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 11:47

La dernière séance, non enregistrée, ayant entièrement été consacrée à répondre à vos questions, j’ai peu de choses à mettre en ligne. Aussi, ce que je propose cette fois-ci à votre réflexion sera prospectif et non rétrospectif comme à l’accoutumée. Il s’agit du lien étonnant qu’entretient l’éducation avec la « foi démocratique ». Expression à la résonance étrange et comme antinomique, mais qui vient confirmer les analyses de Marcel Gauchet sur la religiosité propre à la démocratie américaine. Pour n’en citer que les plus récentes, je vous renvoie à son blog (http://gauchet.blogspot.com) d’où je tire ces quelques phrases éditées avant-hier : « les États-Unis sont une société de changements très importants mais les Américains estiment qu'ils restent une société du Droit […]. Ce qui permet ce fonctionnement, c'est le cadre religieux providentiel qui fait des États-Unis un monde hors du monde. L'Amérique, c'est la terre élue par Dieu pour la réalisation de la Liberté […] La société américaine n'a pas le sens de sa propre relativité, à cause de la dimension religieuse de son identité.» Pour des considérations plus développées, vous pouvez vous reporter à l’article « Tocqueville, l’Amérique et nous », et surtout à son post-scriptum : « La dérive des continents » (Marcel Gauchet (2005) La condition politique, tel Gallimard N° 337, chapitre VII).

Voici donc ma traduction, suivie du texte original, d’un court extrait dans lequel Dewey invoque une trinité de la foi en la démocratie, l’expérience et l’éducation. J’y ajoute un extrait encore plus court d’un article paru en 1944, intitulé explicitement La foi démocratique et l’éducation.

 

Allocution de John Dewey pour son quatre-vingtième anniversaire.

(citée par Larry A. Hickman (2007) Pragmatism as Post-modernism : Lessons from John Dewey, New York, Fordham University Press, p. 127)

 

La foi en la démocratie se caractérise par

« la croyance (belief) dans l’habileté de l’expérience humaine a générer les objectifs et les méthodes par lesquelles une prochaine expérience se développera dans un ordonnancement plus riche. Tout autre forme de croyance (faith) morale et sociale repose sur l’idée que l’expérience doit être assujettie, d’une façon ou d’une autre, à une forme de contrôle externe ; à une « autorité » censée exister en dehors du processus de l’expérience. La démocratie est la croyance (faith) que le processus de l’expérience est plus important que n’importe quel résultat particulier auquel on serait parvenu, de telle sorte que les résultats particuliers n’ont de valeur dernière que si on les utilise dans le but d’enrichir et d’ordonner le processus en cours (ongoing process). Dans la mesure où le processus de l’expérience peut devenir éducatif, la foi (faith) en la démocratie et la foi dans l’expérience et l’éducation sont une seule et même chose. Toutes les finalités et les valeurs qui sont coupées du processus en cours deviennent des arrêts, des fixations. Elles s’évertuent à fixer ce qui a été gagné au lieu de s’en servir pour ouvrir la voie et indiquer le chemin vers de nouvelles et meilleures expériences.

            Si quelqu’un demande ce que veut dire expérience dans ce contexte, je réponds que c’est la libre interaction d’individus humains avec les conditions de leur environnement, particulièrement l’environnement humain, qui développe et satisfait besoin et désir (need & desire) en accroissant la connaissance des choses telles qu’elles sont. La connaissance des conditions telles qu’elles sont est le seul socle solide de la communication et du partage ; tout autre communication signifie la soumission de certains à l’opinion personnelle des autres. Le besoin et le désir – à partir desquels se développe l’intention (purpose) et l’orientation de l’énergie – vont au-delà de ce qui existe, au-delà de la science. Ils ouvrent continûment la voie d’un futur encore hors d’atteinte et inexploré. »

 

 […] “belief in the ability of human experience to generate the aims and methods by which further experience will grow in ordered richness. Every other form of moral and social faith rests upon the idea that experience must be subjected at some point or other to some form of external control ; to some “authority” alleged to exist outside the process of experience. Democracy is the faith that the process of experience is more important than any special result attained, so that special results achieved are of ultimate value only as they are used to enrich and order the ongoing process. Since the process of experience is capable of being educative, faith in democracy is all one with faith in experience and education. All ends and values that are cut off from the ongoing process become arrests, fixations. They strive to fixate what has been gained instead of using it to open the road and point the way to new and better experiences.

            If one asks what is meant by experience in this connection my reply is that it is that free interaction of individual human beings with surroundings conditions, especially the human surroundings, which develops and satisfies need and desire by increasing knowledge of things as they are. Knowledge of conditions as they are is the only solid ground for communication and sharing ; all other communication means the subjection to some persons to the personal opinion of other persons. Need and desire – out of which grow purpose and direction of energy – go beyond what exists, and hence beyond knowledge, beyond science. They continually open the way into the unexplored and unattained future.”

 

La foi démocratique & l’éducation.

« Le refus d’endosser la responsabilité d’aller de l’avant et de planifier dans les questions nationales et internationales se fonde sur le refus d’utiliser dans les affaires sociales, dans le champ des relations humaines, la méthode d’observation, d’interprétation et de vérification qui s’est imposée avec évidence dans le traitement des objets physiques et à laquelle nous devons la conquête de la nature physique. Il en résulte un état de dérèglement, de profond déséquilibre entre nos connaissances en physique et notre savoir social-moral. Ce manque d’harmonie est un puissant facteur de production de la crise actuelle avec tous ses aspects tragiques. Car les sciences physiques et la technologie ont distancé largement les sciences humaines et l’ingénierie des ressources humaines. Notre échec, pour tout ce qui concerne directement l’humain, à utiliser la méthode scientifique qui a révolutionné les connaissances en physique a permis à ces dernières de dominer la scène sociale. »

 

Democratic Faith and Education (1944).

“Refusal to accept responsibility for looking ahead and for planning in matters national and international is based upon refusal to employ in social affairs, in the field of human relations, the methods of observation, interpretation and tests that are matters of course in dealing with physical things and to which we owe the conquest of physical nature. The net result is a state of imbalance, of profoundly disturbed equilibrium between our physical knowledge and our social-moral knowledge. This lack of harmony is a powerful factor in producing the present crisis with all its tragic features. For physical knowledge and physical technology have far outstripped social or human knowledge and human engineering. Our failure to use in matters of direct human concern the scientific method which have revolutionized physical knowledge has permitted the latter to dominate the social scene”.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Patrick G. Berthier - dans Séminaires Master 1
commenter cet article

commentaires