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Philosophie en Sciences de l’Education

 

Vous êtes sur le blog de Patrick G. Berthier

Maître de conférences à l’Université de Paris 8

 

Ce blog est principalement destiné aux étudiants qui suivent à Paris 8 mes cours de Licence et séminaires de Master 1 & 2. Ils y retrouveront l’essentiel de chaque séance en différé, avec la distorsion plus ou moins importante que ma retranscription imprimera à ce qui aura été dit en présentiel, et que l’ajout de notes non utilisées pourra éventuellement enrichir. Entre le cannevas discursif prévu et sa « performance » où l’improvisation joue souvent un rôle essentiel, largement guidé par les questions de l’assistance, se creuse un écart qu’il me paraît utile de maintenir et d’évaluer.

Le but est ici de fournir, en sus des notes prises, un texte susceptible de servir de base à une réflexion et une investigation sur le thème proposé. Ce sobre dispositif devrait permettre aux étudiants de dépasser la simple « participation » aux cours, pour entrer dans une véritable discussion au début du cours suivant, discussion préparée grâce au travail mené sur la mise en ligne de l’intervention, ou du moins de ses éléments.

 

L’utilité de ce blog sera testée durant ce second semestre 2006-2007 sur le séminaire de Master 1 consacré à la notion d’Expérience, essentiellement chez John Dewey.

Première séance : Mardi 27 Février 2007.

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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 21:04

PROPAGANDA

 

Commentaires sur quelques extraits du livre de Edwards Bernays (Propaganda, Horace Liveright, 1928). Traduction française : Propaganda, Comment manipuler l'opinion en démocratie, Zones, 2007).

Les éditions Zones vous permettent de lire en ligne le livre d’E.L. Bernays (http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=21)

 

En écho à ce qui avait été proposé dernièrement par D.R. Dufour dans son séminaire au Collège International de Philosophie, je voudrais pointer quelques fragments d’analyses du double neveu de Freud susceptibles d’étendre notre étude de l’éducation dans le courant pragmatiste. La fameuse ouverture de l’école sur le monde a été en effet très tôt perçue et interprétée comme la possibilité de « former » l’opinion en fonction des réalités sociales actuelles, formation qui peut confiner aisément à la manipulation comme pratique démocratique légitime. Telle est bien la fonction de la propagande, avant que le mots ne soit repris, dans le contexte autoritaire de la Propagandastaffel du Dr Goebbels, qui, faut-il le rappeler, fut conjointement ministre de la propagande et de l’éducation du peuple. Cette association, a priori, déconcertante, ne me semble pas procéder d’une intention purement nazie. Le chapitre 8 du livre de Bernays s’intitule : « la propagande au service de l’éducation », nouant ainsi dès l’origine les deux termes en associant délibérément la propagande aux visées et institutions formatives. Reste à cerner ce que recouvre le mot. Pour l’éclairer sans attendre, voici les tous premiers mots du texte (chapitre 1 : « organiser le chaos ») :

            « La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées  des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui  manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. »

Je donne les extraits dans l’original américain mais rappelle que la traduction française de Oristelle Bonis est offerte par les éditions Zones, avec une préface éclairante de Normand Baillargeon.

 

 

            “The conscious and intelligent manipulation of the organized habits and opinions of       the masses is an important element in democratic society. Those who manipulate this  unseen mechanism of society constitute an invisible government which is the true    ruling power of our country.”


La manipulation apparaît donc comme le ressort de la démocratie pour autant que la société est assimilée à un “mécanisme”. Derrière le « gouvernement invisible » de ce « mécanisme invisible », il est loisible de repérer le transfert de la « main invisible » du champ de l’économie à celui d’une politique généralisée ; le fameux : « tout est politique » s’interprétant alors comme la manipulation de tout « commerce », au sens ancien et général du terme. Le terme exprime alors la relation sociale, affective ou autre (être d’un commerce agréable), il dit aussi le rapport charnel. Commercium comporte déjà cette double dimension du négoce (sens I) et de la relation (sens II). L’idée commune d’échange les unit : commercium loquendi : échanger des propos, converser. L’économie, au sens restrictif du terme, n’apparaît plus que comme la quintessence du rapport social, une réduction du commerce à son noyau commercial.

 

            “This invisible, intertwining structure of groupings and associations is the mechanism     by which democracy has organized its group mind and simplified its mass thinking. To deplore the existence of such a mechanism is to ask for a society such as never was and never will be. To admit that it exists, but expect that it shall not be used, is  unreasonable.”

 

On peut voir ici l’origine du lobbying , c’est-à-dire une conception politique qui fait des associations des « groupes d’intérêts », des « groupes de pression » susceptibles d’infléchir ou de favoriser des décisions politiques. Lobby réfère à l’origine au vestibule ou au couloir de la chambre des communes et du Congrès de Washington, où     s’opèrent d’occultes tractations hors séances. Le mot désigne primitivement l’enclos des bêtes conduites à l’abattoir ! En mauvaise part, il renvoie au clientélisme comme au trafic d’influence. Dans la république romaine, le clientélisme désignait la relation qui unit un « patron » à son « client » (cliens veut dire vassal, obligé).      

 

            “how much of the child remains in the average adult.”

 

Voilà ce qui reste de l’enseignement de l’oncle! Mais n’est-ce pas l’essentiel : l’objet du désir est toujours infantile, toujours beaucoup plus proche du whim (caprice) que du Will (volonté). Ce n’est certes pas un hasard si plusieurs des exemples de Bernays sont empruntés à la Mode, cet empire de l’éphémère, comme dit Gilles Lipovetsky. Quel domaine, mieux que la fashion incarne une meilleur idée du changement constant auquel il faut sans cesse s’adapter ?

 

            “it is regimenting the public mind every bit as much as an army regiments the bodies     of its soldiers.”

 

Enrégimenter, tel est donc le but avoué de la propagande. On conçoit facilement la réception de ce genre de phrase par le docteur Goebbels, lequel fut sans doute un lecteur extrêmement attentif.

 

            “In our present social organization approval of the public is essential to any large         undertaking. Hence a laudable movement may be lost unless it impresses itself on the public mind. Charity, as well as business, and politics and literature, for that matter,  have had to adopt propaganda, for the public must be regimented into giving money just as it must be regimented into tuberculosis prophylaxis. The Near East Relief, the  Association for the Improvement of the Condition of the Poor of New York, and all the rest, have to work on public opinion just as though they had tubes of tooth paste to   sell. We are proud of our diminishing infant death rate—and that too is the work of propaganda.”

 

On pourrait voir là une critique, et même une destruction implicite, de la division des pouvoirs préconisée par Montesquieu. Ici, au contraire, il s’agit de fusionner le  politique et l’économique. La paix au Proche Orient (déjà !) doit faire l’objet d’un « battage » du même type que la promotion d’un dentifrice. Le marketing devient alors technique universelle, parfaitement transversale à tous les champs d’activité, y compris, on le verra, celui de la recherche scientifique qui, ayant besoin de moyens, doit faire la démonstration médiatique de son utilité comme de son intérêt. Nous en sommes aujourd’hui au neuromarketing qui n’est rien d’autre que le développement de la propagande par les neurosciences : 

« Une expérience célèbre a fait l'objet d'un article publié en janvier 2007 dans la revue Neuron par Brian Knuston, un neuroscientifique de l'université américaine Stanford sous le titre : "Prédiction neuronale de l'acte d'achat ". Installés dans un scanner, 26 hommes et femmes, tous droitiers, se voyaient proposer de dépenser 20 dollars en choisissant parmi 80 produits en ligne. Ils partaient avec leurs emplettes à la fin de la séance. A partir de l'observation de diverses parties du cerveau – les noyaux accumbens (activés par les produits préférés), l'insula (qui réagit lorsque le prix semble excessif) et le cortex             préfrontal mésial –, les scientifiques étaient en mesure de prédire si le sujet allait ou non acheter, juste avant son passage à l'acte. »( « Les neurosciences au secours de la pub », Le Monde, 27.03.09). L’article précise que cette économie comportementale ou neuroéconomie peut éventuellement inspirer une neuropolitique, ce qui ne surprendra personne, les ressorts de l’influence étant les mêmes).

 

            “nowadays the successors of the rulers, those whose position or ability gives them       power, can no longer do what they want without the approval of the masses, they find            in propaganda a tool which is increasingly powerful in gaining that approval.”

 

“L’approbation des masses”. Voilà un syntagme qui donne à réfléchir. Le “client” est puéril, grégaire et sectaire, mais il n’est pas servile. On reconnaît là la métaphore évolutionniste du métabolisme : ce n’est ni l’objet environnemental ni l’organe qui font la digestion mais la « participation » des deux dans une relation adaptée. D’où      l’importance du Public comme concept et l’émergence de la notion d’opinion publique (dont Bourdieu dénoncera l’inanité[1]).

Cette nécessaire « approbation des masses » délivre du trivial l’idée de manipulation. Il s’agit moins d’hypnotiser, de fasciner, de subjuguer, que de jouer d’un mécanisme préexistant. Si Bernays parvient à faire fumer les femmes, à une époque qui semble l’interdire absolument  au motif d’atteinte à la pudeur, cela tient probablement en partie aux aspirations, conscientes ou inconscientes (Freud oblige), de celles-ci à l’égalité. L’avènement des suffragettes britanniques ne date que de 1907, et on peut imaginer que du droit politique de l’accès au vote, à la liberté de jouir démocratiquement du plaisir d’inhaler du tabac, jusque là privilège du masculin, il n’y a qu’un pas, franchi lors de la fameuse parade de Pâques 1929 où les fumeuses appointées secrètement par l'American Tobacco Company se pavanèrent devant les photographes en embouchant les justement nommées « torches de la liberté ».

La manipulation est alors l’art de capter le « mécanisme invisible » dans sa dynamique évolutive. En extrapolant, on pourrait aller jusqu’à dire que la manipulation propagandiste révèle un fond insu de « l’organisation des habitus ».

 

            “But clearly it is the intelligent minorities which need to make use of propaganda          continuously and systematically. In the active proselytizing minorities in whom selfish       interests and public interests coincide lie the progress and development of America.   Only through the active energy of the intelligent few can the public at large become      aware of and act upon new ideas […] departments of our daily life[2]

            Public opinion is the unacknowledged partner in all broad efforts […] pleading before             the court—the court of public opinion”.


On ne saurait mieux affirmer le caractère ouvertement aristocratique, du moins oligarchique de cette conception à la lettre, démagogique, de la démocratie, avec le rôle moteur de minorités prosélytes. Mais elles ne peuvent faire accepter n’importe quelle nouveauté. Le prosélyte prêche quelque chose qui doit avoir une résonance dans le public. La minorité avant-gardiste est moins isolée et décalée qu’il n’y paraît. Une nouveauté radicale, sans soubassement, serait inacceptable. La minorité révèle le sous-jacent, elle ne l’invente pas.

 

            “Mass psychology

            Because man is by nature gregarious he feels himself to be member of a herd, even     when he is alone in his room with the curtains drawn. His mind retains the patterns   which have been stamped on it by the group influences.

            Le Bon concluded that the group mind does not think in the strict sense of the word. In           place of thoughts it has impulses, habits and emotions

            It is chiefly the psychologists of the school of Freud who have pointed out that many    of man's thoughts and actions are compensatory substitutes for desires which he has been obliged to suppress. A thing may be desired not for its intrinsic worth or           usefulness, but because he has unconsciously come to see in it a symbol of something else, the desire for which he is ashamed to admit to himself. A man buying a car may        think he wants it for purposes of locomotion, whereas the fact may be that he would   really prefer not to be burdened with it, and would rather walk for the sake of his        health. He may really want it because it is a symbol of social position, an evidence of his success in business, or a means of pleasing his wife.

            […] men are very largely actuated by motives which they conceal from themselves

            the successful propagandist must understand the true motives and not be content to     accept the reasons which men give for what they do”.

 

La véritable clef de la propagande se trouve donc dans la conception freudienne selon laquelle la vie émotionnelle et affective n’est pas directe. Le schéma Stimulus → Réponse des behavioristes lui est inadapté. Autrement dit, l’objet du désir, inaccessible (interdit ou inexistant) ne peut se concrétiser que dans un « substitut compensatoire », se symboliser que dans « quelque chose d’autre ».

La formule du Bartleby d’Herman Melville est ici tout à fait à sa place : « I would prefer not to » (j’aimerais mieux ne pas). A quoi s’oppose le « really want it » (ce qu’on veut vraiment). Parfait oxymore qui associe Volonté et Nolonté :

Par ce qu’on veut que je veuille, et qu’au fond je ne veux pas, je veux autre chose qui se symbolise dans ce que je ne veux pas vraiment.

La « torche de la liberté » en est un exemple complexe. Que désire, via la cigarette et la paradeuse qui l’exhibe, la nouvelle venue au fumoir ? Peut-être ce glamour qui la rend contradictoirement chic et vulgaire en redoublant l’oralisation ostentatoire du rouge à lèvres par l’élégance du fume-cigarette. Egaler les prérogatives des hommes tout en paraissant d’autant plus féminine dans cette captation phallique. Et de fait, l’ambivalence se trouve au cœur des problématiques freudiennes où le I would prefer not to et le I really want it fusionnent.

 

            “It is not sufficient to understand only the mechanical structure of society, the   groupings and cleavages and loyalties. An engineer may know all about the cylinders and pistons of a locomotive, but unless he knows how steam behaves under pressure           he cannot make his engine run. Human desires are the steam which makes the social    machine work. Only by understanding them can the propagandist control that vast, loose-jointed mechanism which is modern society.

            The public has its own standards and demands and habits. You may modify them, but             you dare not run counter to them.

            The public is not an amorphous mass which can be molded at will, or dictated to.

            Modern business must have its finger continuously on the public pulse. It must understand the changes in the public mind and be prepared to interpret itself fairly and         eloquently to changing opinion.” [3]

 

Le mécanisme social est “loose-joint”, souple, plastique, susceptible de supporter une certaine impulsion. On peut le modifier mais pas le contrarier. Ce qui suppose une dialectique de la démagogie : il faut épouser le mouvement et l’infrastructure du « Public » pour le diriger car on ne peut, de l’extérieur, le mouler comme une pâte informe et ductile. Toute propagande ne peut réussir qu’en prenant le « pouls du public ». Impulser suppose un pouls qui batte. La propagande ne saurait créer ex nihilo.

Le mécanisme social tolère un certain jeu. C’est de cet écart, relatif, que la propagande peut jouer. Bref, le désir doit-être là, comme une force aveugle mais déterminée, pour que le propagandiste puisse lui suggérer un objet qui canalise son énergie, objet qui se présente à la fois comme un leurre et comme un symbole ou un fétiche. La pulsion nous apprend Freud, si elle n’a pas d’objet propre n’en a pas moins un destin, elle doit chercher le moyen de décharger la tension dont elle est porteuse. Dans cette faille, ce défaut d’objet idoine, la propagande trouve un emploi de fournisseur. Ce n’est ni la limousine ni la cigarette que l’on voulait vraiment, mais elles réifient et signalent quelque chose de ce qui était désiré. Par elles l’objet du désir vient à l’être, sous une guise dénaturée, impropre sans doute, mais pas complètement étrangère. La propagande rend manifeste un mouvement invisible, une évolution jusque là subreptice. Elle représente une forme d’embâcle pulsionnelle par laquelle le mouvement du désir s’investit en se matérialisant dans un produit à portée de main : l’égalité homme/femme en boîte dorée ou en paquet cartonné en vente au bureau de tabac le plus proche.



[1] Pierre Bourdieu, 1972, « L’opinion publique n’existe pas », lisible en ligne sur le site du Magazine de l’homme moderne : http://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/questions/opinionpub.html

[2] Pris à la lettre, ces « departments » signifient tout simplement que les différents plans de notre vie sont en fait organisés comme des « rayons » de grands magasins. L’hypermarché devient la métaphore de la totalité de l’espace vital, de l’environnement. Vivre, c’est avoir commerce avec ses semblables, et le mot commerce conserve toujours et partout son ambiguïté, car partout où il y a offre ou demande, il y a marché, l’enjeu de la transaction fût-il « symbolique » (cf Bourdieu).

[3] Formule directement dérivées de la vision évolutionniste-pragmatiste (Spencer, James, Dewey) conformément à la dialectique organisme/environnement, l’un réagissant sur l’autre et réciproquement. Il s’agit de changer le public à partir de ses propres changements.

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Published by Patrick G. Berthier - dans Séminaires Master 1
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commentaires

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