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Philosophie en Sciences de l’Education

 

Vous êtes sur le blog de Patrick G. Berthier

Maître de conférences à l’Université de Paris 8

 

Ce blog est principalement destiné aux étudiants qui suivent à Paris 8 mes cours de Licence et séminaires de Master 1 & 2. Ils y retrouveront l’essentiel de chaque séance en différé, avec la distorsion plus ou moins importante que ma retranscription imprimera à ce qui aura été dit en présentiel, et que l’ajout de notes non utilisées pourra éventuellement enrichir. Entre le cannevas discursif prévu et sa « performance » où l’improvisation joue souvent un rôle essentiel, largement guidé par les questions de l’assistance, se creuse un écart qu’il me paraît utile de maintenir et d’évaluer.

Le but est ici de fournir, en sus des notes prises, un texte susceptible de servir de base à une réflexion et une investigation sur le thème proposé. Ce sobre dispositif devrait permettre aux étudiants de dépasser la simple « participation » aux cours, pour entrer dans une véritable discussion au début du cours suivant, discussion préparée grâce au travail mené sur la mise en ligne de l’intervention, ou du moins de ses éléments.

 

L’utilité de ce blog sera testée durant ce second semestre 2006-2007 sur le séminaire de Master 1 consacré à la notion d’Expérience, essentiellement chez John Dewey.

Première séance : Mardi 27 Février 2007.

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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 17:00

Notes en complément de l’intervention du 29/06/09.

 

                                                                       « Tantôt je pense et tantôt je suis ».

                                                                       Paul Valéry, Discours aux chirurgiens, 1938.

 

 

En cette séance du Lundi 29 Juin, j’avais tenté de répondre à la question de l’incarnation qui m’était posée sous les modalités d’une mise en corps, d’une insufflation vitale de la chair, telle qu’une longue tradition théologico-philosophique égyptienne et grecque puis helleno-judeo-chrétienne nous l’a transmise, tradition qui a durablement orienté les conceptions occidentales du corps dans son rapport à l’âme. Sur cette notion des plus complexes à la géométrie variable, je vous renvoie aux éclaircissements de l’article âme du Vocabulaire européen des philosophies sous la direction de Barbara Cassin (Seuil, Le Robert).

Ma réponse voulait prendre la forme d’un triptyque dont je n’ai pu, faute de temps, que présenter les deux premiers volets, ceux consacrés à la déconstruction du mythe dualiste de l’incarnation par le courant naturaliste, d’une part, et à la constitution d’un corps historique, par emboîtement des multiples temporalités inclusives, d’autre part (enchâssements des histoires personnelles, sociales, culturelles, naturelles et cosmologiques).

Demeurait donc en suspens le troisième point emprunté à un court texte de Paul Valéry intitulé Réflexions simples sur le corps.

Le poète philosophe, farouche cartésien, y repérait trois instances, ou plutôt trois corps analytiquement bien distincts.

-Le premier apparaît comme celui de la pure présence, celui des sensations et émotions.

-Le second corps introduit à la dimension de la réflexivité, au sens d’une ellipse du point de vue, comprenant deux foyers (le mien et celui de l’autre qui me voit. Le deuxième corps est le corps vu, capté dans l’altérité d’un regard, fût-il celui de sa propre conscience).

- Le troisième serait celui de la connaissance anatomique et de l’intervention (révolution chirurgicale et pharmacienne étendue aux transformations et opérations mélioratives en tous genres).

Soit : le corps directement percevant ; le corps pris dans la perception ; le corps étudié et modifié.

Le second corps est objet du regard de l’autre, regard réapproprié dans la conscience (le fait de se voir vu, que ce soit par l’instance suprême comme la perte d’innocence au jardin d’Eden, par l’autre du vis à vis dans les interactions, ou par l’autre abstrait et généralisé de la bienséance ou de la mode).

D’une façon ou de l’autre, c’est l’épreuve du miroir où il faut à la fois paraître et s’y reconnaître (s’identifier).

Hypertrophie de ce second corps depuis l’avènement d’une société tellement médiatique qu’on fut contraint de lui inventer de nouvelles sciences : les sciences de la communication et la médiologie (élaborée par Régis Debray).

Ce second corps est doublement pris dans le social et dans le culturel (je n’insiste pas sur cette distinction capitale dans le livre de Schaeffer, selon laquelle il peut y avoir organisation sociale sans culture, comme chez les abeilles ou les fourmis, mais il nous faudra y revenir). Le premier corps est « naturel » au sens d’une présence immédiate au réel que Valéry définit comme ce qu’on peut toucher et dont l’expérience princeps est peut-être celle de la douleur (voir Clément Rosset sur cette question : le réel c’est la porte vitrée à laquelle je me heurte faute de l’avoir vue).

-Pris dans le social veut dire pris dans un dispositif, une organisation, un code de conduite, par exemple le code de la route.

-Pris dans le culturel signifie pris dans des représentations, des valeurs.

Les automobilistes sont tous pris dans la même trame régulatrice des obligations et interdictions mais cette prise laisse une importante latitude aux comportements, aux manières de conduire et à l’environnement, notamment acoustique (à l’écoute de telle ou telle station de radio ou d’un téléphone cellulaire, le même embouteillage immobilisant semblablement dans des bulles hétérogènes l’inconditionnel de Mozart, le rappeur, le turfiste et l’habitué des communications fleuves).

Tous sont pareillement pris dans le social de la circulation du Boulevard périphérique mais chacun baigne dans la culture qui lui est propre.

Je prends à dessein cette métaphore automobile en pensant à Erving Goffman qui définissait les corps en déplacement comme des entités véhiculaires. Vaisseaux ou radeaux, nous dérivons de conserve mais d’abord embarqués en nous-mêmes, c’est-à-dire dans le microcosme d’une culture.

Le corps se transporte, est transporté, dans tous les sens du terme.

Entre la nature et la culture, il y aurait donc place pour une irréductibilité du social. Cette distinction peut sans doute être portée à d’importantes conséquences en raison du hiatus possible entre les règles et les valeurs, entre le socialement prescrit et le culturellement imposé (ou choisi).

Pour terminer, je voudrais rappeler quelques éléments bibliographiques susceptibles d’étayer votre réflexion estivale :

 

 

.GAUCHET Marcel, Essai de Psychologie contemporaine I & II dans : 2002, La démocratie contre elle-même, TEL Gallimard n°317.

.GOFFMAN Erving, 1973, La mise en scène de la vie quotidienne, Minuit.

.MERLEAU-PONTY Maurice, 1976, Phénoménologie de la Perception, Tel Gallimard.

.ROSSET Clément, 1993, Le réel et son double, Folio

‘’                         ‘’,  2004, Le réel, traité de l’idiotie, Minuit*                                

.SHAEFFER Jean Marie, 2007, La fin de l’exception humaine, Gallimard.

.VALERY Paul, Réflexions simples sur le corps dans : Variété III, IV, V, Folio essais n° 404.

.VOCABULAIRE EUROPEEN des PHILOSOPHIES, sous la dir. De B. Cassin, 2004, Seuil, Le Robert.

 

 

*A propos de Clément Rosset, les cliniciens que vous êtes ne pourront qu’être curieux de la manière dont un philosophe décrit ses troubles névrotiques et les analyse :

-1999, Route de nuit, Gallimard

-2001, Loin de moi, étude sur l’identité, Minuit.

 

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Published by Patrick G. Berthier - dans séminaire du C H. des Murets
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commentaires

voyance mail gratuite 31/05/2016 15:02

Merci pour cet article qui ajoute un + dans ce qu’on connaît déjà. Je te suis depuis quelques mois, et je tiens à te remercier pour tes conseils qui aident les jeunes bloggueurs aujourd’hui à mieux avancer dans leur activité.