Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Accueil

Page d’accueil provisoire

 

 SO  PHI

Philosophie en Sciences de l’Education

 

Vous êtes sur le blog de Patrick G. Berthier

Maître de conférences à l’Université de Paris 8

 

Ce blog est principalement destiné aux étudiants qui suivent à Paris 8 mes cours de Licence et séminaires de Master 1 & 2. Ils y retrouveront l’essentiel de chaque séance en différé, avec la distorsion plus ou moins importante que ma retranscription imprimera à ce qui aura été dit en présentiel, et que l’ajout de notes non utilisées pourra éventuellement enrichir. Entre le cannevas discursif prévu et sa « performance » où l’improvisation joue souvent un rôle essentiel, largement guidé par les questions de l’assistance, se creuse un écart qu’il me paraît utile de maintenir et d’évaluer.

Le but est ici de fournir, en sus des notes prises, un texte susceptible de servir de base à une réflexion et une investigation sur le thème proposé. Ce sobre dispositif devrait permettre aux étudiants de dépasser la simple « participation » aux cours, pour entrer dans une véritable discussion au début du cours suivant, discussion préparée grâce au travail mené sur la mise en ligne de l’intervention, ou du moins de ses éléments.

 

L’utilité de ce blog sera testée durant ce second semestre 2006-2007 sur le séminaire de Master 1 consacré à la notion d’Expérience, essentiellement chez John Dewey.

Première séance : Mardi 27 Février 2007.

Rechercher

2 mai 2007 3 02 /05 /mai /2007 18:26

Ier Mai 07

BE YOURSELF !

Le muguet du premier Mai nous prive de notre séance hebdomadaire. En compensation je vous propose une version légèrement remaniée de mon intervention de Mercredi dernier au sein d’un groupe de recherche qui compte plusieurs philosophes, plusieurs psychiâtres et psychanalystes, un sociologue et une économiste. Cette communication, vous l’allez voir, n’est pas sans rapport avec les questions qui nous occupent. Il s’agissait de remonter aux origines de l’estime de soi, pour autant que cette idée fait flores aujourd’hui et qu’elle indique une direction majeure autant qu’inattendue dans ce qu’on pourrait appeler l’éducation de soi, ou du soi, et qui se manifeste par deux traits plus ou moins complémentaires : la promotion de soi (savoir-être) sur le marché professionnel et la réalisation de soi au plan personnel. La confiance en soi comme objectif pédagogique principal du marché de l’éducation.

………………………………………………………………………………………………

Quelle est l’origine de l’engouement, éditorial notamment, du thème de l’estime de soi, de la confiance en soi (plusieurs dizaines de titres en français ces 5 dernières années).

Ce succès n’est pas que livresque, il implique, aux USA quantités d’associations, de groupes et de sociétés labellisées vendant programmes, stages et méthodes visant à retrouver ou à renforcer Self-esteem, self-confidence, self-trust, self-reliance….

A titre d’exemple et de hors d’oeuvre, je vous livre cet encart trouvé sur le net d’un institut privé nommé : The Option Institute :

 

« Optimal Self-Trust shows you how to turn up the volume of your inner voice and listen—really listen! In five days of bold exploration and daring discussions, you’ll tear away the self-judgments and anxieties that keep you from hearing that inner voice—and living the life you want. You’ll learn to trust your own choices with absolute self-confidence—even in the face of opposition.”

 

[« La foi optimale en vous-même [c’est un « concept » technique forgé par l’institut] vous indiquera comment hausser le volume de votre voix intérieure…En cinq jours …vous vous débarrasserez des jugements sur vous-même et des anxiétés qui vous empêchent d’entendre cette voix intérieure et de vivre la vie que vous souhaitez. Vous apprendrez à croire en vos choix avec une absolue confiance en soi – même face à l’adversité ». ]

 

Je crois que nous avons là, déjà, en quelques mots, un des traits essentiels de la notion telle qu’elle se présente dans la culture contemporaine. La confiance en soi est d’abord l’écoute de le voix intérieure, écoute qui suppose l’éradication du jugement qui la recouvre. Se faire confiance c’est ne pas (se) juger.

 

Cette voix intérieure qui s’élève en perçant les brumes du jugement inhibant vient très directement de l’aube du pragmatisme.

On trouve ainsi chez Ralph Waldo Emerson cette notation : "The Transcendentalist …believes… in the perpetual openness of the human mind to new influx of light and power; he believes in inspiration

 

[« Le Transcendantaliste…croit… en l’ouverture permanente de l’esprit humain aux nouveaux influx de lumière et de pouvoir, il croit à l’inspiration”]

La confiance en soi est, avec l’expérience, le concept-source du pragmatisme. Emerson lui a consacré un essai publié en 1841 dont il nous faut donner un aperçu. Il fournira la première partie de mon exposé. Dans un deuxième temps, j’élargirai le propos au pragmatisme tout entier, dans sa généalogie, le présentant comme la philosophie dominante de la culture dominante du monde occidental.

 

Mais d’abord, quelques citations de l’essai  d’Emerson, dont on sait qu’il avait considérablement impressionné Nietzsche.

Voici donc un florilège, maigre mais instructif bouquet glané par mes soins, de la réflexion d’Emerson.

I.                    La Confiance en soi. (dernière édition française, celle de Rivages en 2000. J’utilise l’édition originale mise en ligne).

Avant de pénétrer dans l’essai de 1841, je voudrais revenir un court instant sur Le Transcendantaliste paru l’année suivante. La citation que je vous en ai faite me semble un peu sèche comparativement à l’importance qu’elle prend dans cette généalogie de la confiance en soi comme concept philosophique. Voici donc quelques notations supplémentaires :

"We will walk on our own feet; we will work with our own hands; we will speak our own minds...A nation of men will for the first time exist, because each believes himself inspired by the Divine Soul which also inspires all men."

 

            [« Nous marcherons sur nos propres pieds, nous travaillerons de nos propres mains, nous profèrerons nos propres pensées… Une nation d’hommes va exister pour la première fois, parce que chacun se croit lui-même en personne inspiré par l’Esprit Divin qui inspire également tous les autres hommes »]

Power & Inspiration, les deux mamelles du pragmatisme héritées du transcendantalisme.

Le difficile à comprendre dans l’affaire réside dans le problème individualiste. Emerson, comme Thoreau et Dewey multiplie les own et les each, sans que ceux-ci réfèrent le moins du monde à quelque subjectivisme que ce soit. Il est donc très difficile de se représenter un individualisme si foncier qu’il ne tolère aucune ingérence (he resists all attempts to palm other rules and measures on the spirit than its own) mais qui ne prétend à aucune originalité, aucune distinction puisque son inspiration particulière est le partage de tous (each = all dans une équation que reprendra Dewey où chaque sujet « a » une pensée qui lui est propre comme il a un estomac qui n’est que le sien. La pensée étant à la fois aussi particulière et commune que l’est la digestion). Le each  ne s’oppose ni à l’autre each ni à  l’ensemble des  all, mais à la society, à l’institution, aux rules & measures, ce qui fait du paléopragmatisme (ou du Proto-pragmatisme) une entreprise de désinstitutionalisation. Il s’agit de substituer l’inspiration à l’institution. Dans quelle mesure l’actuel front du refus de tout pouvoir, au sens politique du terme, cette culture d’opposition systématique de mieux en mieux repérée et analysée, est-elle l’héritière de ce vitalisme individualiste américain, c’est ce qu’il faudrait déterminer, mais que le mouvement alter-mondialiste en général et José Bové en particulier aient adossé leur critique de la légitimité législative sur le principe de la désobéissance civile élaboré par Thoreau, dit quelque chose de cet héritage.  Power & Inspiration, deux notions qui fondent et définissent la confiance en soi. Celle-ci n’est autre en effet qu’une force, une puissance d’agir comme dirait Spinoza, un pouvoir qui n’aspire qu’à se corroborer lui-même ; pouvoir inspiré, directement issu du sentiment de soi soufflé par l’Esprit, le Divine Soul. La confiance en soi n’est ainsi rien d’autre que l’expression de la volonté divine, la présence immanente à mon esprit de l’Esprit, ce qui d’ailleurs définit exactement le concept d’inspiration. Emerson paraît remplacer la conscience, contre laquelle il mène un vigoureux combat, par l’esprit. La conscience, pôle réflexif, représente le siège du dualisme subjectiviste (tribunal de la conscience des Fondements de la Métaphysique des Moeurs où le sujet ubiquiste est présent à lui-même plusieurs fois, comme prévenu et comme juge). L’esprit n’est que la participation, innocente, enfantine, du sujet à l’Esprit, dans « l’indépendance et l’irresponsabilité ».

L’essai Self Reliance commence de façon très significative par la mise en exergue de l’adage romain : Ne te quaesiveris extra, « ne te cherche pas hors (de toi) ».

« Society everywhere is in conspiracy against the manhood of every one of its members. Society is a joint-stock company[1], in which the members agree, for the better securing of his bread to each shareholder, to surrender the liberty and culture of the eater. The virtue in most request is conformity. Self-reliance is its aversion. It loves not realities and creators, but names and customs.”

 

[Partout la société conspire contre l’humanité de chacun de ses membres…La vertu qu’elle requière est le conformisme. La confiance en soi en est l’aversion…]

“Whoso would be a man must be a nonconformist”

 

[Celui qui veut être un homme doit être un non-conformiste]

Non-conformisme qui n’a rien à voir ici avec le dandysme, le “plaisir aristocratique de déplaire”, mais qui exprime une nature, « ma nature » ; et peut-être a-t-on là le germe d’une pensée innéiste dont une certaine Amérique prosélyte se délecte aujourd’hui : le Bien et le Mal sont inhérents au sujet : On my saying, What have I to do with the sacredness of traditions, if I live wholly from within? my friend suggested, — "But these impulses may be from below, not from above." I replied, "They do not seem to me to be such; but if I am the Devil's child, I will live then from the Devil." No law can be sacred to me but that of my nature.

 

            [“…qu’ai-je à faire des traditions sacrées si je vis pleinement de l’intérieur? –Mais ces impulsions peuvent venir d’en bas, et non d’en haut. - …si je suis l’enfant du démon, et bien je vivrai de façon démoniaque. Aucune loi ne peut m’être sacrée que celle de ma nature ».]

Passage remarquable qui nie toute perplexité, tout problème lié à la réflexivité d’une conscience. Les « impulsions » ne sont pas à débattre ni à combattre, elles sont l’expression de ma nature propre, la donne imposée par la Providence. Aussi suis-je bon ou mauvais par nature et ne puis-je qu’exprimer cette nature par mes actes.

« The other terror that scares us from self-trust is our consistency; a reverence for our past act or word.”

 

[« La terreur qui nous fait fuir la foi en nous-même c’est notre cohérence… »]

Ce point intéresse l’étude de JP Lebrun sur la coupure des sociétés postmodernes devenues tendanciellement « inconsistante » en sacrifiant au principe de complétude. La foi en soi se double ici de la revendication de l’incohérence parce que l’inspiration ne se conjugue qu’au présent. Je ne suis plus ce que j’étais. Je suis toujours en avant de moi (forward, comme dira Dewey).

« live ever in a new day”

 

[Vivez toujours dans un jour nouveau]

Etonnantes phrases que celles que j’extrais, par lesquelles l’individu décline toute personnalité pour s’en remettre à la nature, avec pour conséquence de “céder de tout cœur aux motions pulsionnelles” (when the devout motions of the soul come, yield to them heart and life). Devout signifie à la fois sincères et …dévotes ! Sans doute faut-il considérer que la cohérence est la prison, sinon la mort, de la « motion ». Aussi le passé doit-il s’évanouir et disparaître afin que les « mouvements de l’âme » (motion remplace passion, nous ne sommes plus dans le classicisme de l’opposition raison/passion) puissent prendre l’essor dans un jour toujours nouveau (live ever in a new day), ce qui n’est pas sans rappeler le magnifique Ήλιος νεος εφ’ημερη d’Héraclite. [« Le soleil, nouveau chaque jour », fragment 6.]

With consistency a great soul has simply nothing to do. [Une grande âme n’a rien à faire de la cohérence]

Véritable fin de non recevoir, cet adage illustre le vitalisme de la doctrine et annonce une autre logique que celle de la non-contradiction, celle que Dewey mettra largement en œuvre dans sa Theory of Enquiry, saluée par James qui s’y réfère explicitement dans ses dernières œuvres et en fait un modèle épistémologique. La cohérence, principe statique, sera évacuée au profit d’un évolutionnisme conséquencialiste. ( A titre de court divertissement, j’ai trouvé dans un article récent consacrée à  Danielle Darieux cette devise de l’actrice : « affirmer le matin le contraire de ce qu’on a prétendu la veille : indispensable ! ». Ce petit commérage de journaliste prend un tour moins anodin quand on apprend que l’héroïne du Plaisir est partie tôt faire carrière aux USA, où l’on peut supposer qu’elle eut la révélation de l’incohérence transcendantale. Emerson, pour sa part, écrivait quelque chose d’infiniment proche : “Dîtes aujourd’hui en mots durs ce que vous pensez, et demain dîtes ce que demain pense en mots tout aussi fermes, même si ils contredisent tout ce que vous avez dit aujourd’hui ». Speak what you think now in hard words, and to-morrow speak what to-morrow thinks in hard words again, though it contradict every thing you said to-day. ).

 

            « I shun father and mother and wife and brother, when my genius calls me. I would write on the lintels of the door-post, Whim.” [« Lorsque mon génie m’appelle, je chasse père et mère et épouse et frère. J’écrirais volontiers au linteau de ma porte : Caprice. » (on peut traduire aussi par lubie, fantaisie) ]

Je ne peux indéfiniment abuser de citations qui, trop abondantes, finiraient par reproduire la quasi intégralité de ce texte étonnant, auquel je vous engage à vous reporter.

Pour finir, juste ces deux vibrantes consignes d’Emerson qui se passent de commentaire : Soyez vous-même et n’imitez jamais (« I must be myself…insist on yourself, never imitate »).

II.                 Arcanes du Pragmatisme.

 

L’idée pragmatique de confiance en soi ne s’entend que sur un fond, un horizon conceptuel qu’on pourrait cartographier à partir de quelques points-clefs. Je vous en propose cinq, dans un tableau d’ensemble probablement non- exhaustif.

 

1°) Monisme.

 

Les auteurs qu’on a l’habitude d’étiquetter comme « pragmatistes » (Emerson, Thoreau, W.James, J.Dewey, Richard Rorty, Stanley Cavell…) présentent de très importantes différences, mais il partage tous une véritable aversion pour les philosophies dualistes, c’est-à-dire pour l’essentiel des doctrines philosophiques depuis Platon ! Ce monisme est très marqué dans son entreprise d’une destitution de la conscience.

 

Dans « La conscience existe-t-elle » (1904), W.James déclare : “there is only one primal stuff or material in the world, a stuff of which everything is composed, we call that stuff 'pure experience,'… consciousness. That entity is fictitious…”

 

Dans La Notion de Conscience (1905), Il rejette tous les dualismes, et notamment la dichotomie sujet/objet sur laquelle s’est fondée toute la pensée moderne et affirme que «  la pensée et la réalité en acte sont faites de la même chose, la matière (stuff) de l’expérience en général…. I believe that consciousness… is, I say, a pure chimera. …ontological dualism should be abolished…Why do we cling so tenaciously to the idea of consciousness existing over and above the content of things?”

 

Et de conclure :

« Consciousness, in its ordinary meaning, does not exist …things and thoughts are not at all fundamentally heterogeneous, but are made of the same stuff… the stuff of experience in general.”

 

Ces considérations me paraissent capitales car grosses d’effets. C’est tout simplement la conscience comme siège du jugement qui passe à la trappe, et avec elle toute l’éthique de l’autonomie de la volonté kantienne qui a servi de principe directeur à l’éducation républicaine en France (cf. Le dictionnaire de pédagogie de F.Buisson, et nombre de Propos d’Alain sur l’éducation de la volonté comme emprise de la raison sur les passions).

 

On comprend que Dewey ait pu parler de Reconstruction en Philosophie, puisqu’il s’agit d’abord de détruire le principe même sur lequel cette Philosophie s’était édifié, le dualisme bi-millénaire corps/esprit, Raison/passion, res extensa/res cogitans, déterminisme/volonté…. Il s’agit donc d’en finir avec cette figure prégnante du tribunal de la conscience héritée du stoïcisme et filée jusqu’à Kant et au-delà.

 

Pas de double nature de l’homme, psycho-physique, pas d’hétérogénéité entre causes naturelles (appétits) et raisons d’agir (jugement), puisque la conscience n’existe pas.

 

 

 

2°) Naturalisme

 

S’il n’y a rien de telle qu’une « chose pensante », et donc rien d’autre qu’une seule et unique « matière » (stuff) constituante, alors il n’y a rien hors de la nature, rien de transcendant et l’évolution devient le maître mot qui fonde la « continuité de l’expérience » et fait de l’intelligence un outil et non une raison ou un entendement a priori, clivé, séparé de la « nature ». En cela, le pragmatisme a plus que largement préparé le terrain au cognitivisme. Lorsque Joëlle Proust, par exemple, remplace systématiquement le vocabulaire de la conscience par celui de l’organicité, disant toujours cerveau et jamais esprit, elle se situe dans cette « continuité de l’expérience » instituée par le pragmatisme.

 

 

 

3°)Expressionnisme

 

Marcel Gauchet distinguait dans ses Essais de psychologie contemporaine, 3 types de personnalités et deux mutations anthropologique : traditionnelle, moderne et contemporaine tel qu’à l’homme traditionnel est associé l’incorporation de la norme et à l’individu moderne, leur intériorisation. Je crois qu’on pourrait parler d’expression pour l’individu contemporain, c’est-à-dire un mouvement absolument inverse de celui de l’introjection, de l’identification.

 

Expressionnisme comme adéquation problématique d’un environnement à une humeur (Stimmung).

 

Pour l’anecdote, mais elle n’est pas sans portée, le mouvement des peintres US de l’expressionisme abstrait des années d’après guerre (Jakson Pollock, Willem de Kooning et les artistes de l’action painting) s’est ouvertement revendiqué de John Dewey.

 

 

 

4°) Contextualisme

 

Il n’y a de sens que contextuel. Apport un peu latéral d’un autre pragmatisme, linguistique celui-là (Austin) mais qui joue un rôle considérable dans ce que j’appellerai la désymbolisation des textes (Je pense à des travaux comme ceux de Florence Dupont sur la déconstruction de la littérature antique et à son adage : « un énoncé hors contexte n’a pas de sens, ou bien tous ceux qu’on veut », ce qui revient au même. Ne pas oublier que l’inventeur du terme générique de « pragmatique » est le linguiste et logicien Charles Sanders Pierce.

 

 

 

5°)Anti-humanisme

 

L’expression signifie avant-tout le désir de « régicide  philosophique » (Cornell West), c’est-à-dire de destitution du platonisme comme tout de la philosophie précédente (cf. Alfred Whitehall). Il s’agit d’en finir avec l’opposition nature/culture et du primat de cette dernière dans la notion de modèle, de paradigme (de ce point de vue, le pragmatisme est une anti-renaissance, un parricide).

 

La notion d’expérience tient tout entière dans le refus  d’un horizon antécédent.

 

Témoin de cet affranchissement total du passé, la détestation du musée exprimée dans « l’Art comme expérience » de Dewey.

 

 

 

En contrepoint de cette sommaire recension, on pourrait rappeler certains passages De Deleuze qui montre à l’envi à quel point le pragmatisme a pu infuser la philosophie française contemporaine, sans qu’il en soi un seul instant fait mention !

 

Cf. Mille Plateaux, pp. 30-31 :

 

« Il n’y a pas de dualisme, pas de dualisme ontologique…Il faut à chaque fois des correcteurs cérébraux qui défont les dualismes… Arriver à la formule magique que nous cherchons tous : PLURALISME = MONISME, en passant par tous les dualismes qui sont l’ennemi…Le rhizome ne se laisse ramener ni à l’Un ni au multiple… »

 

La « formule magique : pluralisme = monisme » se trouve, sous la forme la plus développée qui soit dans l’essai de W.James de 1909, A pluralistic Universe (qui vient d’être traduit en Français par Stephan Galetic et préfacé par David Lapoujade, sous le titre : William James, la philosophie de l’expérience, un univers pluraliste, les empêcheurs de penser en rond, 2007).

 

Le rhizome est une métaphore éminemment naturaliste qui définit un enracinement erratique et continu. Un enracinement qui dément l’idée même d’enracinement comme fixation.

 

Les figures du rhizomes, du schizo, de la dé-territorialisation, des flux, des intensités, du « devenir »…forment l’appareil conceptuel qui glose la notion pragmatique d’expérience.

 

 

 

Problème pour conclure :

 

Le pragmatisme est né d’un mouvement éminemment religieux dans lequel les fondateurs sont tous à l’origine impliqués : le transcendantalisme. On pourrait presque dire que le pragmatisme (James, Dewey) et le néopragmatisme (Cavell, Rorty), c’est  le proto pragmatisme (Emerson, Thoreau) moins la référence à la Providence.

 

Voici le problème : s’agit-il d’un oubli du fondement transcendantaliste du pragmatisme (au sens d’un refoulement, au sens où Dany Dufour parle d’un oubli du fondement théologique du libéralisme, de la main invisible du marché) ou de son dépassement, ou même de son affranchissement (au sens où l’origine peut-être littéralement sacrifiée dans une refondation comme l’idéalisme platonicien sacrifiée chez Aristote, ou le dualisme cartésien sacrifiée chez Spinoza) ?

 

L’origine peut-elle s’épuiser dans son développement ou son dépassement ?

 

De quel « oubli » s’agit-il, refoulement ou affranchissement ?

 

J’ajoute, pour corser sans la biaiser cette interrogation qu’il existe aux USA un pragmatisme prophétique  (dont Cornell West est le représentant le plus connu, avec une certaine audience auprès des populations qui revendiquent l’héritage du pasteur Martin Luther King), un pragmatisme ouvertement chrétien donc et qui, de ce fait, n’entend pas sacrifier à l’oubli transcendantal, sous aucune des deux formes sus-mentionnées. Emerson pas mort !

 

 

 

 

 



[1] société par actions

Partager cet article

Repost 0
Published by Patrick G. Berthier - dans Séminaires Master 1
commenter cet article

commentaires

voyance gratuite mail 12/02/2016 16:59

Grâce à vous, j'ai pu apprendre beaucoup de choses intéressantes. J'espère en apprendre encore. Je vous félicite pour ces merveilleux partages. Continuez ainsi !