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Philosophie en Sciences de l’Education

 

Vous êtes sur le blog de Patrick G. Berthier

Maître de conférences à l’Université de Paris 8

 

Ce blog est principalement destiné aux étudiants qui suivent à Paris 8 mes cours de Licence et séminaires de Master 1 & 2. Ils y retrouveront l’essentiel de chaque séance en différé, avec la distorsion plus ou moins importante que ma retranscription imprimera à ce qui aura été dit en présentiel, et que l’ajout de notes non utilisées pourra éventuellement enrichir. Entre le cannevas discursif prévu et sa « performance » où l’improvisation joue souvent un rôle essentiel, largement guidé par les questions de l’assistance, se creuse un écart qu’il me paraît utile de maintenir et d’évaluer.

Le but est ici de fournir, en sus des notes prises, un texte susceptible de servir de base à une réflexion et une investigation sur le thème proposé. Ce sobre dispositif devrait permettre aux étudiants de dépasser la simple « participation » aux cours, pour entrer dans une véritable discussion au début du cours suivant, discussion préparée grâce au travail mené sur la mise en ligne de l’intervention, ou du moins de ses éléments.

 

L’utilité de ce blog sera testée durant ce second semestre 2006-2007 sur le séminaire de Master 1 consacré à la notion d’Expérience, essentiellement chez John Dewey.

Première séance : Mardi 27 Février 2007.

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 15:38

De La règle du je à la plainte du Self

 

Je vous livre quelques notes rapidement rapetassées sur notre dernière séance en vue de la prochaine.

 

Chloé Delaume insiste sur une « parole performative : « je dois m’inscrire sans cesse pour me faire advenir ». Suivent une citation de Judith Butler et cette définition de l’autofiction :

« réappropriation de sa vie par la langue = mon Je est politique ».

A la même page (81), la fictionneuse rassemble l’essentiel de ses considérations sous le terme empowerment qui « désigne la prise en charge de l’individu par lui-même ». Traduction, que personne probablement ne retiendra en raison de sa rugosité jargonneuse : encapacitation.

L’autofiction comme empowerment donc. Ehrenberg en propose cette définition (p.324) :

« …s’occuper des gens en renforçant leurs capacités personnelles : il s’agit de les aider à s’aider eux-mêmes, en augmentant la confiance en soi (self-reliance). C’est le choix fait par les Américains. La clinique psychosociale est un empowerment à la française… »

Je reviendrai plus tard sur cette notion capitale de self-reliance, au fondement de la culture et de la philosophie américaine.

On a affaire à une sorte de constellation d’époque qui tourne autour de quelques grandes étoiles de première magnitude dont le self serait la plus importante. C’est lui qu’il faut aider, renforcer, encapaciter. D’où une sorte de mécanisme dynamique à deux temps symbolisé par l’autonomie d’une part et la psychothérapie de l’autre, où pour personnifier ces positions alternatives et complémentaires, l’entrepreneur (de soi-même) et le thérapeute. Le premier exerce sa confiance en soi, le second la lui restaure lorsqu’elle s’épuise.

La société du malaise semble contredire le constat postmoderne de la fin des grands récits. Il n’y aurait plus que des petits récits narcissiques dont l’autofiction serait l’illustration hyperbolique.

Non pas, nous dit l’auteur : il nous reste le grand roman du déclin, du déclin de l’autonomie.

Il en existe deux versions, l’une française, qui prend la forme de la désinstitutionnalisation, l’autre US qui décrit l’effondrement du self.

Le grand intérêt d’une étude comparative des deux versions tient au traitement différencié du même problème : celui de l’autonomie.

Dans les deux cas, elle réfère à la double composante de l’objet de la psychosociologie : l’individu social (syntagme antinomique pour la philosophie française mais fondement même de l’américaine pour qui un individu est quelqu’un qui s’affirme dans une réussite nécessairement sociale).

Avec l’autofiction, nous sommes au carrefour de la psychanalyse (Fils se veut la retranscription de séances analytiques, et la plupart des autofictionneurs sont analysés), de l’identité personnelle et des processus sociaux de subjectivation.

Chloé Delaume p.66 :

« travailler sur l’intime parce que… le privé est politique ».

La raison de cette perméabilité de l’intériorité personnelle à l’extériorité politique n’est pas sans évoquer Deleuze :

« Il n’y a pas de psychologie mais une politique du moi parce que j’entretiens des rapports de pouvoir avec moi-même…. » (je cite de mémoire un passage de l’opuscule dédié à François Châtelet : Périclès & Verdi).

Michel Foucault préciserait : des rapports de pouvoir, pour autant que je suis traversé et tissé, en moi-même et au plus profond, de motions conflictuelles, de domination et de résistance.

Mais la question du moi, du sujet, de la personne, de l’individu, prend une tournure décisive avec l’ascendant culturel US parce que le self procède d’une autre tradition que le moi-sujet hérité de Descartes.

Avec l’empowerment, on passe d’une problématique du sujet à une problématique du self, d’une métaphysique à un empirisme.

Le clivage Public/Privé est au cœur des philosophies du sujet (« le maire et Montaigne ont toujours été deux »), le moi du for interne n’est pas le moi social du theatrum mundi. Or, justement, la frontière entre intimité et socialité disparaît dans la notion de self, tout simplement parce que, bien loin de se distinguer et de s’affranchir des institutions dans quelque tour d’ivoire, le self EST une institution, il est même l’institution par excellence et la première de toutes, comme nous l’explique longuement Ehrenberg.

Pour comprendre comment le self peut avoir statut d’institution, il faut sans doute déjà se défaire de la conception française des monuments macro-institutionnels d’Etat (Justice, santé, école…) et considérer la leçon de l’anthropologue Marcel Mauss (1901, cité p.252) :

Est institution toute forme sociale qui précède l’action de l’individu et s’impose à lui, à commencer par le langage et ses usages, bien évidemment.

Ce rappel relativise déjà complètement l’opposition du sujet (privé) aux institutions (publiques) puisque l’adhésion ou l’introjection de « préjugés » et d’ « usages » font institution au sein même du psychisme. Conséquence : « Personnalité et institution ne sont plus des concepts antonymes » (240).

On pourrait y voir, je laisse cela à votre réflexion, une victoire culturelle de l’egopsychologie anglo-américaine, contre laquelle Lacan a tant vitupéré, sur la psychanalyse porteuse de toute la tradition philosophique continentale, à laquelle Michel Onfray tente de porter le énième coup de grâce.

Tout cela se jouant sur l’arrière fond historique du déclin en France, d’un « Etat instituteur du social » et du primat aux USA de la société civile sur l’Etat fédérateur. En France on manifeste pour demander à l’Etat toujours plus, et aux USA, toujours moins !

La France hérite des institutions romaines revues et corrigées par l’Eglise puis laïcisées par la République. Les USA sont marqués du sceau originel de la Réforme protestante dans une de ses versions les plus radicales : le puritanisme, lequel fait de la morale intrasubjective et de l’examen de conscience la seule institution légitime. Ehrenberg nous rappelle opportunément que « tout puritain éduqué tenait un journal » (39), et que celui-ci consistait essentiellement en une « jérémiade » autour de la question terrible entre toutes de la Grâce : sauvé ou damné ? Et de rechercher dans une inquiétude dynamique des indices de l’alternative.

 

·        Repères de quelques occurrences de la notion de self dans le livre d’Ehrenberg :

Self pp.30-31

Self-reliance pp.118, 343

Self helpp.126

 

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Published by Patrick G. Berthier - dans séminaire du C H. des Murets
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commentaires

voyance gratuite et serieuse 16/05/2016 11:49

Que votre blog continue à fleurir de tant de lumière et d’harmonie.

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Superbe Blog bien plus complet et pratique. Il me faudra des mois pour arriver à "rattraper" mon retard.
Un grand merci.

clovis simard 17/07/2012 13:41


Blog(fermaton.over-blog.com),No-15. - THÉORÈME HUSSERL. - Une philosophie comme science rigoureuse.