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Philosophie en Sciences de l’Education

 

Vous êtes sur le blog de Patrick G. Berthier

Maître de conférences à l’Université de Paris 8

 

Ce blog est principalement destiné aux étudiants qui suivent à Paris 8 mes cours de Licence et séminaires de Master 1 & 2. Ils y retrouveront l’essentiel de chaque séance en différé, avec la distorsion plus ou moins importante que ma retranscription imprimera à ce qui aura été dit en présentiel, et que l’ajout de notes non utilisées pourra éventuellement enrichir. Entre le cannevas discursif prévu et sa « performance » où l’improvisation joue souvent un rôle essentiel, largement guidé par les questions de l’assistance, se creuse un écart qu’il me paraît utile de maintenir et d’évaluer.

Le but est ici de fournir, en sus des notes prises, un texte susceptible de servir de base à une réflexion et une investigation sur le thème proposé. Ce sobre dispositif devrait permettre aux étudiants de dépasser la simple « participation » aux cours, pour entrer dans une véritable discussion au début du cours suivant, discussion préparée grâce au travail mené sur la mise en ligne de l’intervention, ou du moins de ses éléments.

 

L’utilité de ce blog sera testée durant ce second semestre 2006-2007 sur le séminaire de Master 1 consacré à la notion d’Expérience, essentiellement chez John Dewey.

Première séance : Mardi 27 Février 2007.

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 19:01

L’Instruction morale et les éthiques contemporaines (rationalisme, pragmatisme, individualisme, conséquentialisme…).

 

Je ne sais exactement où nous en sommes aujourd’hui, et au fond peu importe puisque les réformes se suivent à un rythme accéléré, l’une amendant l’autre quand elle ne la rend pas caduque. Il n’empêche, la tentative (avortée?) de 2008 de réintroduire la Morale à l’école, relève à coup sûr d’un tournant significatif en matière d’éducation.

Nous pourrions partir d’un simple entretien répertorié sur un site destiné aux enseignants, celui du « Café pédagogique ». Ce dernier sous-titrait sa rubrique : "Instruction civique et morale" par ce commentaire éloquent : « le grand retour de la réaction ? ».

Le point d’interrogation n’y change rien, l’usage du terme renvoie nécessairement à une posture réactionnaire. Il y a à cela bien des raisons, et ce sera, en partie, nôtre tâche que de les débusquer. Notons simplement que si la morale constitue un tabou lexical, cet ostracisme est largement compensé par l’usage proliférant du terme « éthique ». De là à conclure que le second ne représente qu’une forme euphémisée, et donc acceptable du précédent, il n’y a qu’un pas que je me garderais de franchir trop rapidement. Conceptuellement parlant, la morale et l’éthique, ce n’est pas la même chose. Nous aurons à y revenir maintes fois.

Mais retournons à la table de notre café pédagogique. Il rappelait les objectifs du nouveau programme du premier degré. Voici le premier, précédé de l’objectif général :

 

« Les élèves apprennent les règles de politesse et du comportement en société. Ils acquièrent progressivement un comportement responsable et disposent de plus d’autonomie.

1-     Ils découvrent les principes de la morale, qui peuvent être présentées sous forme de maximes illustrées et expliquées par le maître au cours de la journée (telles que “La liberté de l’un s’arrête où commence celle d’autrui”, “Ne pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’il me fasse”, etc.) et prennent conscience des notions de droit et de devoir. »

 

Responsabilité, autonomie, principes, maximes, droit, devoir, le philosophe aura reconnu d’emblée le vocabulaire kantien des Fondements de la métaphysique des mœurs. Le café pédagogique n’a pas tort, il s’agit bien d’un retour, d’un retour à la morale kantienne, qui, justement, constituait l’assise de l’enseignement de la morale dans l’école républicaine de Jules Ferry.

Aussi la rédaction dénonce-t-elle logiquement une réaction née de la « nostalgie de l'école de la IIIe République ». Mais cette nostalgie n’est plus ce qu’elle était, et pour cause, puisque cette école n’a pas longtemps survécue au régime qui l’avait instaurée. Ainsi le cours d’instruction morale & civique expire-t-il à la fin des années soixante (ah ! le vilain Mai, tant vilipendé par le philosophe-ministre Ferry Luc !).

Nous parlons donc d’un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître et dont il leur serait, partant, difficile d’éprouver la moindre nostalgie. Aussi, crois-je indispensable, toute affaire cessante, de nous pencher sur les conceptions de la morale et de son enseignement au tournant 1990, afin de nous en faire une idée qui, si elle ne suscite aucune nostalgie, permettra au moins de philosopher en connaissance de cause sur son objet.

Nous disposons pour ce faire d’un outil extraordinaire, Le dictionnaire de pédagogie & d’instruction primaire édité sous la direction du philosophe Ferdinand Buisson, véritable bréviaire des hussards noirs de la République. La version de 1911 est mise en ligne par feu l’INRP (dissous par un décret du 28 décembre 2010), également accessible à partir de mon blog (Sophi).

Nous y aurons recourt pour les articles les plus utiles à notre recherche (morale, instruction civique, caractère, discipline, Kant…On pourra aussi fructueusement s’interroger sur la disparition de l’article Obéissance de la version initiale de 1887).

 

Petit rappel historique dispensé par l’inspection générale :

(L’école & l’éducation civique par Alain Bergougnioux, inspecteur général de l’EN.

La revue de l’inspection générale N° 03, septembre 2006. http://media.education.gouv.fr/file/37/6/3376.pdf ) :

 

« L’éducation civique n’est pas une discipline, c’est un enseignement de valeurs, de principes, de savoirs, de pratiques, estimés indispensables à un moment donné pour préparer les jeunes à participer le mieux possible à la vie démocratique … 

Une « instruction morale & civique » est définie dans les programmes de 1883, relayés sans grand changement par ceux de 1927, et restera en application jusqu’à la fin des années 1960. Cette instruction civique était fortement liée, d’une part à une instruction morale, et d’autre part à l’histoire et à la géographie.

Ce double ancrage montre l’importance qui lui était accordée pour la formation d’une identité nationale. Le citoyen qu’il s’agissait de former était un individu républicain et français titulaire d’une part de la souveraineté nationale, faite de droits et de devoirs.

Dans l’enseignement primaire, l’instruction civique disparaît en 1969 comme discipline autonome, elle est fondue dans des activités d’éveil.

Une évolution analogue a lieu dans l’enseignement secondaire, où, en 1975, la réforme Haby instaure en lieu et place un “enseignement d’initiation à la vie économique et sociale” que reprend et complète au lycée, à partir des années 2000, l’ECJS, enseignement “d’éducation civique, juridique et sociale”.

Les réticences sont encore fortes pour entrer dans une réflexion générale et une activité pour l’amélioration des comportements des élèves. Elle se fait au coup par coup sans politique d’ensemble.

Pourtant, depuis maintenant presque deux décennies, une réflexion approfondie s’est menée sur la nature de ce que doit être une éducation civique de notre temps pour assurer le passage d’un “savoir national” aux valeurs d’un “vivre ensemble”. La conscience a été prise clairement qu’il faut unir fortement des valeurs, des savoirs, des comportements.

Dans un “âge” du scepticisme, où les institutions sont l’objet, le plus souvent, d’une crise de confiance largement partagée, une éducation civique authentique ne doit pas être le moyen d’instrumentaliser les futurs citoyens, ni une sorte de “thérapie” sociale ; elle doit permettre la reconnaissance de l’élève comme une personne responsable dans sa vie et au sein de la Cité. » (NS)

 

L’Inspecteur général donne une indication généalogique précieuse sur la distorsion qui nous occupe : La Morale républicaine relève d’une « instruction » ancrée dans l’histoire du pays, elle entend donc procéder à « la formation d’une identité nationale ». On sait quelle levée d’indignations suscita la récente enquête sur l’identité nationale (fin 2009). Le journal Libération y consacra un cahier spécial, daté du 19 11 2009, où nombre de philosophes contemporains exprimèrent leur réprobation de la notion. On pouvait, entre autres lire sous la plume de Vincent Cespedes ce titre : « Tremble, francité ! L’identité nationale est d’essence paranoïaque », et sous celle de Michel Serres cette conclusion : « Identité nationale : erreur et délit. »

Exit donc, sous les huées de la philosophie contemporaine, un siècle après sa défense et illustration par les philosophes de la Belle Epoque, « la formation de l’identité nationale », ce délit paranoïaque sur lequel la République, troisième du nom, entendait fonder sa mission.

Entre 1900 et 2000, on passe alors de la formation de l’identité nationale à l’initiation  aux valeurs d’un “vivre ensemble”. Fait difficulté toutefois, ne serait-ce qu’au seul plan théorique, le passage d’une notion très largement conceptualisée (des volumes entiers sur l’idée de Nation ) au flou d’une expression, « vivre ensemble » qui ne réfère à aucun cadre politique précis mais qui indique, assez clairement, que la société est affaire de juxtapositions communautaires et individuelles, bref de « tolérance » à l’altérité. Or, on l’aura remarqué, qu’on s’en réjouisse ou le déplore, le monde n’est pas un village global hippie peace and love. Subsiste, et avec quelle impétuosité, des blocs, des aires culturelles, des intérêts régionaux, au sein même d’une mondialisation seulement économique ou plutôt financière car ce sont les capitaux qui n’ont pas de patrie, et non les prolétaires (nous ne sommes, à l’évidence, pas à la veille du gouvernement mondial cosmopolitique que Kant appelait de ses vœux ni du succès de l’internationale communiste. Je connais même certains sites qui, fort d’une clairvoyance leur ayant permis de prédire l’actuelle crise qu’aucun expert économiste n’avait annoncée, prophétisent aujourd’hui une « dislocation géopolitique mondiale » assortie de « la fin de l’Occident tel qu’on le connaît depuis 1945 ». C’est assez dire que l’unité homogène pacifiée de l’humanité ne semble pas exactement à l’ordre du jour !).

 

En bref :

 

1) Il s’agira de considérer un écart, une distance entre deux repères, disons pour faire vite : 1900-2000 puisque, en un siècle, on passe :

-De la Morale à l’Ethique.

-D’un enseignement sourcilleux de la morale publique à un simple cours sur les institutions (ECJS, éducation civique juridique & sociale).

-De la déontologie au conséquentialisme.

-De l’autonomie de type kantien à la sculpture de soi.

-De l’autorité transcendantale à l’immanence pragmatiste.

 

2) Etude de textes pouvant servir de repères :

-Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs (le fameux tribunal de la conscience, I §13).

-Dictionnaire de pédagogie & d’instruction primaire sous la direction de Ferdinand Buisson. [accessible en ligne]

-Le saut rationaliste : Émile Durkheim, L’éducation morale (Cours de sociologie dispensé à la Sorbonne en 1902-1903.) [accessible en ligne]

-Le saut pragmatiste, John Dewey :

-Ethics (version revue et corrigée de 1932, au plein cœur de la crise !)

-Human nature and conduct (1929 ?)

-Le saut conséquentialiste, Ruwen Ogien :

-L’Ethique aujourd’hui, maximalistes & minimalistes

- Les concepts de l'éthique : faut-il être conséquentialiste ?

-L’éthique individualiste esthétique, Michel Onfray :

-La sculpture de soi.

 

On pourrait ajouter, entre autres, Nietzsche & l’immoralisme (1902) du philosophe bien oublié aujourd’hui Alfred Fouillée [1]. On n’y perdrait pas son temps car notre entreprise, pour une bonne part du moins, pourrait s’identifier à l’étude de l’écart qui sépare les réceptions historiques de Kant et de Nietzsche [2].

En 1900, pour la république ferryste, Kant constitue la pierre d’achoppement. Le cours de morale cesse au moment où Deleuze et Foucault, fervents nietzschéens, se font connaître. Michel Onfray s’inscrit évidemment dans cette lignée, avec l’énorme succès médiatique qu’on sait (sans doute avec BHL, le philosophe le plus connu du grand public).

« Morale c’est trou de balle » ironisait Paul Nizan, déjà, avant guerre. Il a donc été parfaitement entendu…sauf des nostalgiques, bien entendu. Mais leurs chances sont minces car intempestives, dans une acception sans doute fort peu nietzschéenne du terme. Les temps sont à la « judiciarisation de la morale publique » [3], selon l’expression d’un chroniqueur (Maurice Peyrot). Ce qui signifie clairement ceci : La régulation des mœurs ne passe plus par l’autonomie morale de celui qui cherche à imposer des principes, des règles, des valeurs intériorisées au monde comme il va, car elle s’externalise en code. Quel besoin d’une instruction civique quand on dispose du code civil ? A  l’instar du code de la route, il faut le connaître, nul n’étant censé ignorer la loi, mais il fait peu débat et ne nécessite aucune délibération interne. Les règles du dépassement et du stationnement ne requièrent pas de jugement, au sens kantien, mais seulement une réaction à un signal. De même le code de morale publique judiciarisée. L’autonomie est hors jeu parce que superflue dès lors que le « vivre ensemble » est régi par une pure casuistique, comme dans un jeu de société. Un panneau routier ne réclame aucune tempête sous un crâne. J’obtempère sans me poser la moindre question. Je transgresse à mes risques et périls (amende, retrait de points). Rien qui réfère à des valeurs, au Bien, au Mal…sinon à celle d’ordre. Et comme disait à peu près Alain, tous les ordres ne se valent pas mais n’importe lequel est préférable au désordre.

 

Sitographie :

 

http://classiques.uqac.ca/classiques/index.php

(ou tapez simplement : classiques.uqac) Université du Québec à Chicoutimi :

.Alain :

- Propos sur l’éducation

- La conscience morale

.Durkheim :

-L’éducation morale

.Bergson :

-Les deux sources de la morale & de la religion

.Kant :

-Fondements de la métaphysique des mœurs

.Tocqueville :

-De la démocratie en Amérique

 

http://sophi.over-blog.net/ :

.Ferdinand Buisson (sous la direction de) :

-Dictionnaire de pédagogie & d’instruction primaire.

.Dewey John :

-Démocratie & nature humaine (1939).

 

http://gallica.bnf.fr/ :

.Alfred Fouillée

-Nietzsche & l’immoralisme (1902).

 

 

Notes :

 

1 Dans le premier chapitre de La Conception morale et civique de l'enseignement, 1902, Fouillée oppose à l’utilitarisme économique qui considère le devenir professionnel comme la véritable fin de l’enseignement, le libéralisme moral qui se donne au contraire ce triple objectif : « développement de l’intelligence par l’étude du vrai, de la sensibilité par l’étude du beau, de la volonté par l’étude du bien » (p.8).

 

2 Nietzsche dont l’amoralisme programmatique pouvait se résumer ainsi :

« Quelle tâche pour le philosophe devant cette marée montante du nihilisme ? Elle se désigne d’elle-même. Il lui revient d’être l’homme du nihilisme accompli, le libre esprit qui mène la désillusion jusqu’à son terme, qui ose regarder les choses en face et achève de démolir ces idoles qui ne tiennent plus debout. Penser jusqu’au bout selon l’absence de vérité et de valeur, penser jusqu’au bout selon le devenir : telles doivent être aujourd’hui les ambitions d’une philosophie conséquente. »

(Marcel Gauchet (2007) L’avènement de la démocratie II, La crise du libéralisme, chapitre I « Nietzsche le prophète », Gallimard, p. 33.)

 

3 Inflation législative : En France : la longueur moyenne du Journal officiel est passée de 15 000 pages par an dans les années 1980 à 23 000 pages annuelles ces dernières années, tandis que le Recueil des lois  passait de 433 pages en 1973 à 3 721 pages en 2004. Le Registre fédéral nord-américain, créé pour regrouper toutes les lois et règlementations, faisait 2.599 pages en 1936, 10.528 pages en 1956 et 36.487 en 1978.

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Published by Patrick G. Berthier - dans Séminaires Master 1
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